COMPAGNIE MUA, SOUS LA DIRECTION D'EMMANUELLE HUYNH

Plus qu’un lieu de résidence ou d’exposition, Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette, se propose comme situation. C’est un lieu organique permettant à la création de s’augmenter elle-même dans la rencontre avec d’autres disciplines.

Résolument tourné vers le vivant, nous avons souhaité mener dans le cadre du programme de préfiguration une réflexion sur la production d’œuvres performatives. Le laboratoire chorégraphique Emanticipation est né d’une discussion avec la chorégraphe Emmanuelle Huynh à propos des enjeux de Lafayette Anticipation ; en particulier la question du travail de création, mise au cœur d’une précédente intervention intitulée Hourvari, conçue pour la réouverture du Centre Pompidou en 2001. La création peut-elle être le fruit d’un travail collectif ? Peut-on penser les conditions d’invitation et d’accueil pour que des singularités artistiques fortes concordent ? La danse peut-elle se proposer comme terrain de dialogue pour l’art, la philosophie, la poésie sonore et l’architecture ? Autant de questions posées à de jeunes performeurs et artistes, issus pour la plupart des « essayistes » du Centre national de danse contemporaine d’Angers.

Durant une semaine, six performeurs et artistes ont occupé le rez-de-chaussée du bâtiment pour y faire forum, transformant le lieu en un laboratoire public qui mettait en perspective la notion même d’échange, de porosité des intelligences, de désirs communs mais de mise en doute collective. Avec eux, Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette s’est non seulement ouverte à une nouvelle génération de créateurs mais a pu marquer son engagement pour les arts de la danse et de la performance qui occupent aujourd’hui une place prépondérante au sein des espaces d’art.


“EMANTICIPATION, UN LABORATOIRE”

Après Fujiwara le rideau est tombé. Au rez-de-chaussée du 9 rue du Plâtre est revenue la froide virginité du bâtiment faussement abandonné, en proie depuis des mois à toutes les métamorphoses.

Quelques planches de bois y ont été montées pour accueillir la première réunion de travail d’Emanticipation, un laboratoire. Anna GaïottiAnne-Lise Le GacVolmir Cordeiro et Richard John Jones s’y sont retrouvés un dimanche soir de mars, en compagnie du performeur Pascal Quéneau. Manquaient encore Katerina S. Andreou et bien évidemment Emmanuelle Huynh. C’est sous sa direction, de 2004 à 2012, que certains ont suivi la formation Essai, programme pour auteur chorégraphique du CNDC d’Angers, où l’on s’est appliqué à une vision élargie de la danse. 

Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette a souhaité non seulement prolonger la réflexion d’Emmanuelle Huynh mais encore offrir à certains de ses anciens élèves, ainsi qu’à leurs invités, un cadre de travail et de production. Ensemble, ils ont interrogé la nature collective du travail performatif, son processus et ses conventions. On a vu ces artistes, qui ont fait profession du mouvement, s’arrêter dans le dialogue. Tous leurs itinéraires ont soudainement convergé. Lafayette Anticipation devait devenir leur point de ralliement. Les émanticipés s’y sont couchés au flanc. On les a vus tenter de converser en cœur, bouches à oreilles en même temps ouvertes, s’inter-coupant les uns les autres, dans un défi lancé par Richard John Jones d’après un exercice imaginé par Gertrude Stein. Peut-on parler et s’écouter simultanément ? L’impolitesse, écrite en plein dans la question de l’asociabilité, fut ainsi posée. Le groupe a voulu s’inventer un désir, sauver sa peau collectivement, faire que chaque membre se dégage de son corps propre jusqu’à se fondre dans un corps social.

Il aura fallu guetter sans cesse dans les questions, les reprises et les répétitions, l’épuisement de l’oralité pour voir venir le basculement du texte à l’action comme aurait dit Ricœur. Durant trois jours, la compagnie a reçu des invités ou émanticipateurs pour l’aider dans sa tâche : Anna Colin, curatrice associée de Lafayette Anticipation ; Anne-James Chaton, écrivain-performeur ; Judith Wambacq, philosophe ; Benjamin Loiseau, architecte ; Maurizio Lazzarato, philosophe également ; le critique d’art Guy Tortosa et la chercheuse Pauline Le Boulba. Tous ont pratiqué sur les artistes du laboratoire une somaïeutique, l’art d’accoucher l’esprit pour qu’il accouche du corps.


Un projet réalisé du 17 au 22 mars 2014 sous la direction d’Emmanuelle Huynh, avec les performeurs Katerina S. AndreouVolmir CordeiroAnne Lise Le GacAnna Gaïotti et Pascal Quéneau ainsi que l'artiste Richard John Jones

Remerciements: Esther Welger-Barboza et Molia Ghidone

Invités du laboratoire: Anna Colin, Anne-James Chaton, Benjamin Loiseau, Maurizio Lazzaratto, Pauline Le Boulba, Guy Tortosa et Judith Wambacq

Photographies: Sylvie Chan-Liat