SIMON FUJIWARA

La proximité avec la grande institution qu’est le Centre Pompidou exerce sur de jeunes artistes une puissance d’inspiration, d’anticipation, et peut-être parfois d’intimidation. Simon Fujiwara a déjà acquis une renommée importante sur la scène internationale. Son travail conjugue des éléments autobiographiques et des considérations sur l’art et les sociétés. Il aime construire des cosmologies autour de souvenirs personnels, comme l’abandon d’une carrière d’architecte lorsqu’il découvre à 18 ans le bâtiment de Renzo Piano et Richard Rogers. L’artiste a proposé de venir en résidence à Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette et de se donner six semaines pour réaliser rien de moins qu’un New Pompidou.

Pour la première fois, un artiste a installé au rez-de-chaussée de notre bâtiment un bureau d’étude, un atelier de construction et de plâtre pour produire une pièce majeure destinée à être présentée dans une autre institution : en l’occurrence le Centre Pompidou lui-même, dans le cadre de la 5ème édition du Nouveau festival.

La résidence de production ainsi que son couronnement par une parade pour porter l’œuvre jusqu’à sa salle d’exposition, ont constitué des moments forts du programme de préfiguration. Ce projet a contribué à mieux définir les objectifs de Lafayette Anticipation comme lieu d’accueil, de production, de savoir-faire et d’échange. Au 9 rue du Plâtre, Simon Fujiwara a bénéficié de l’expertise technique du directeur de production ainsi que d’un maître dans l’usage du plâtre. La présence de ce jeune artiste de renommée internationale, inscrite dans la durée, a permis d’activer plus qu’un temps de travail, un espace de vie et de dialogue avec l’ensemble des équipes de Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette. Cette résidence enfin, effectuée dans le cadre du Nouveau festival, est venue confirmer la vocation de Lafayette Anticipation à travailler en coordination avec un réseau d’institutions, à Paris et dans le monde entier.


“NEW POMPIDOU”

La rumeur court encore, pourvu qu’on sache où la chercher, selon laquelle Pontus Hulten aurait souhaité réaliser une réplique du Centre Pompidou. Des années 80 où cette volonté a paraît-il germé, la rêverie est arrivée jusqu’à Simon Fujiwara. C’est que l’artiste, formé comme architecte, partage avec le bâtiment monté sur le Marais en 1977 une histoire particulière. Lorsqu’il découvre l’œuvre de Renzo PianoRichard Rogers et Gianfranco Franchini au cours d’un voyage d’étude, l’apprenti-bâtisseur est non seulement frappé mais encore écrasé par la grandeur de la structure. Il jure alors de ne jamais devenir architecte, vole une rose sur la terrasse du Centre Pompidou, la sèche et la conserve en témoignage de son vœu de chasteté. Dans le bâtiment vide de Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette, à quelques mètres seulement de cette romance contrariée, Fujiwara rompt sa promesse. Il a comme digéré à mesure que sa rose s’est fanée l’immensité du Centre Pompidou et décidé d’en donner sa vision en une seule pièce, pot-pourri, reliquaire de Paris, du Marais, de l’amour et de l’architecture mêlé à ses souvenirs intimes. 

New Pompidou est une sculpture en plâtre, moulée d’après une gerberette, un élément d’acier inspiré de l’ingénieur allemand Heinrich Gerber (1832-1912) qui articule précisément la structure du Centre Pompidou. Cette forme étonnante, gargouille, phallus, en tous les cas joyau de l’industrie sert à Fujiwara de sarcophage pour les pétales de sa rose oubliée. Huit semaines auront suffi pour que l’artiste donne corps à la rumeur d’un nouveau Centre, sis dans l’imagination de son mythique et défunt directeur suédois. L’imminente résurrection de ce New Pompidou célèbre la mort d’un Paris qui n’est plus, d’un savoir dissipé, d’une histoire révolue, d’un amour qui s’éteint... une petite mort portée en procession le soir de la Saint-Valentin. Simon Fujiwara a choisi de déplacer son œuvre de Lafayette Anticipation vers les galeries du Nouveau festival le 14 février.

Après qu’il a donné dans un silence de plomb une performance au milieu de son atelier fragile, l’artiste a fait porter sa masse de plâtre dans le cuivre de Wagner. Trompettes trébuchantes, sa gerberette, partie fossile ou découverte paléontologique, ossement mémorable, organe mort et vivant, est sortie du marais pour mieux lui revenir.


Performance réalisée entre Lafayette Anticipation  Fondation d'entreprise Galeries Lafayette et le Centre Pompidou le 14 février 2014, dans le cadre de la 5e édition du Nouveau festival

Remerciements : Bernard Blistène, Florencia Chernajovsky, Rafaël Grynberg, Linus Gratte, ainsi que Maria Bartau (Simon Fujiwara Studio)

Assistant : Yan Tomaszewski ; Réalisation des moules : Pierre Imberteche et Yvan Hart ; images du film : Xiaoxing Cheng assisté de Alexandre Sénéquier ; Photographies : Nicolas Giraud pour la performance et Hervé Véronèse pour les images de l’œuvre au Centre Pompidou.