ULLA VON BRANDENBURG

Lafayette Anticipation - Fondation d'entreprise Galeries Lafayette, est une fondation d’intérêt général. C’est une lourde charge que chacun, du Conseil d’administration aux membres de notre équipe en passant par le groupe Galeries Lafayette, porte à cœur. L’intérêt général est bien le principe selon lequel nous bâtissons notre culture, notre programme, notre identité, notre institution.

Depuis leur création, les Grands Magasins ont toujours été associés aux joies comme aux peines de l’histoire. En 1918, tandis que Paris célébrait l’Armistice sur la Place de l’Hôtel de Ville, le BHV, couvert de drapeaux tricolores, était assimilé aux autres bâtiments publics. Cette anecdote, bien qu’associée à des temps belliqueux et patriotiques, appartient à la mémoire de Lafayette Anticipation - Fondation d'entreprise Galeries Lafayette, qui porte ostensiblement le nom d’un Grand Magasin et doit tout autant revendiquer son histoire et sa responsabilité. Cette responsabilité, par les temps qui sont les nôtres, est exclusivement sociétale. Aussi, le faisceau d’actions qui se nouent autour du programme de préfiguration est tout entier tourné vers ces préoccupations. Bien heureusement, nous ne sommes pas les seuls à regarder dans cette direction et trouvons sur notre route d’estimables partenaires, à l’instar de l’action Les Nouveaux commanditaires.

Initiée par la Fondation de France, cette action permet à des citoyens confrontés à des enjeux de société ou de développement d’un territoire d’associer des artistes contemporains à leurs préoccupations en leur passant commande d’une œuvre. Son originalité repose sur une conjonction nouvelle entre trois acteurs privilégiés : l’artiste, le citoyen commanditaire et un médiateur mandaté par la Fondation de France, parfois accompagnés des partenaires publics et privés réunis autour du projet. 

C’est dans ce cadre qu’est née la performance Baisse-toi Montagne, Lève-toi Vallon de Ulla von Brandenburg. À l'initiative de Jack Liesveld, habitant de la résidence des Saint-Simoniens de Ménilmontant, qui dépend aujourd'hui du Centre d'action sociale de la Ville de Paris, l’artiste a décidé de réactiver l'esprit de la philosophie de Saint-Simon, porté en 1832, à Ménilmontant déjà, par Prosper Enfantin et trente-deux disciples. Produite par Lafayette Anticipation - Fondation d'entreprise Galeries Lafayette en collaboration avec un grand nombre de partenaires privés et publics, la pièce écrite et mise en scène par Ulla von Brandenburg revient aux origines des utopies sociales, d’un positivisme aujourd’hui désuet qui a pourtant bel et bien incarné l’espoir d’un renouveau esthétique, synonyme de progrès social, d’abolition des privilèges, de mobilité, de technologies industrielles et d’accessibilité.

"BAISSE-TOI MONTAGNE, LÈVE-TOI VALLON"

Lorsque Ulla von Brandenburg a rencontré les habitants de la résidence des Saint-Simoniens et surtout Jack Liesveld, l’artiste a d’abord songé que la commande qui lui était faite pourrait trouver à se réaliser dans une immense bannière portée au flanc de la résidence, perchée sur la colline de Ménilmontant où les disciples de Saint-Simon ont prospéré en 1832. Le saint-simonisme qu’elle découvrait alors semblait offrir des ressources historiques et sociales évidentes, à même de rayonner depuis les hauteurs parisiennes pour propager plus bas l’écho des utopies passées. 

Mais à force d’entretiens avec ses nouveaux commanditaires, les résidents bien sûr, les médiateurs et ses partenaires institutionnels, Ulla von Brandenburg a mis au jour bien plus que les vestiges d’un simple courant de pensée, les fondations d’un véritable projet de société, mort-né au 19ème siècle et férocement contemporain.

Le saint-simonisme préconise, sur les cendres encore fumantes de la Révolution, une société fraternelle dont les membres les plus compétents (industriels, scientifiques, artistes, intellectuels, ingénieurs…) auraient pour tâche d'administrer la France le plus économiquement possible, afin d'en faire un pays prospère, où règneraient l'esprit d'entreprise, l'intérêt général et le bien commun, la liberté et la paix. Mobilisé par la recherche d'un principe universel capable de sous-tendre une philosophie conçue comme science générale, le comte de Saint-Simon (1760-1825), qui en est l’instigateur, élit la gravitation universelle comme principe directeur et décline sur ce positivisme une théorie sociale et politique, fondée sur des principes d’égalité parfaite. Comme les lois de la physique s’appliquent indifféremment aux Hommes, chacun devrait pouvoir sous cet empire grimper l'échelle sociale selon ses mérites sans pour autant verser dans l’égoïsme et l’individualisme.

C’est aussi parce que le saint-simonisme a porté au cœur de sa doctrine la « question femme », jusqu’à participer au regain de féminisme qui se produit au cours des années 1830, que Ulla von Brandenburg a décidé de s’atteler à l’écriture d’une œuvre plus ambitieuse, à même de confronter l’esprit de Saint-Simon à l’ère post-industrielle. 

Baisse-toi Montagne, Lève-toi Vallon, est sa première performance théâtrale de grande envergure. La pièce pour cinq comédiens et un chœur repose sur les rituels d'habillage, les évènements et les symboles liés au saint-simonisme (habillement du Père, chorégraphie des gestes, hiérarchie des chants, leçon d’astronomie élémentaire, manipulation d’objets), traités comme autant de fragments qui rappellent avec distance la mémoire et les valeurs d’un mouvement dont les travers communautaires, voire sectaires, posent évidemment question. La performance, réalisée dans un décor rationalisé du sol au plafond, est chantée pour ainsi rappeler les modes de transmission à l’œuvre de la communauté de moines réunie par Prosper Enfantin dans sa résidence de Ménilmontant en 1832. Le chant, qui se nourrit nécessairement de codes incantatoires, est tout aussi lié aux questions de rythme et de métrique, de mesure et d’emphase qui sied à cette pensée positiviste. L’ordre nouveau s’y balance, entre la mélancolie d’une utopie perdue, et la sourde crainte que génère malgré tout, y compris aujourd’hui, la naissance de mouvements sociétaux radicaux. À travers le prisme du saint-simonisme, la pièce d’Ulla von Brandenburg appellera sans doute à relire l’actualité des whistleblowers ou des Anonymous, eux aussi pétris de rituels idéalistes, dans une plus grande histoire politique et sociale. 




Une performance de Ulla von Brandenburg présenté pour la première fois les 18 et 19 mars 2015 au Kaaitheater, à Bruxelles dans le cadre du Festival Performatik 2015. 

Mise en scène : Ulla von Brandenburg ; Musique : Joachim Saxenborn, Ulla von Brandenburg ; Dramaturgie : Benoît Résillot ; Interprètes : Pierre Casadei, Lucienne Deschamps, Duncan Evennou, Giuseppe Molino, Benoît Résillot ; Costumes : London College of Fashion, Londres.

Une commande réalisée dans le cadre de l’action « Les Nouveaux Commanditaires » de la Fondation de France pour la résidence des Saint-simoniens à Ménilmontant. 
Œuvre réalisée avec le soutien de la Fondation de France et du Fonds de dotation Famille Moulin.
Médiation : Jérôme Poggi et François Quintin.
Production : Objet de production et Lafayette Anticipation - Fondation d'entreprise Galeries Lafayette.
Production déléguée : Karo Sieben.