ANJA ARONOWSKY CRONBERG & VESTOJ

Les Galeries Lafayette ont joué un rôle déterminant dans l’histoire de la mode, de sa démocratisation et de sa diffusion. Très naturellement, Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette réserve aux créateurs, aux critiques et historiens qui font autorité en la matière un espace de réflexion. Dans toutes les disciplines de création que Lafayette Anticipation souhaite accompagner, il n’en n’est pas qui fasse de si grandes enjambées entre l’imaginaire et la matérialité. Les ressorts de la mode se contiennent dans des règles calendaires et commerciales complexes. Elle est l’expression la plus évidente du temps présent, c’est sans doute la raison pour laquelle sa production et son industrie imposent un carcan saisonnier.

Aujourd’hui néanmoins, certains théoriciens des tendances envisagent la lenteur comme levier de son renouvellement. Ce regard clairvoyant sur la mode propose une distance et permet des prises de paroles. L’invitation faite à Anja Aronowsky Cronberg témoigne de cette volonté. Fondatrice de la revue Vestoj, Anja s’efforce de lier dans la mode, pratiques et théories du goût.

Depuis sa création en 2009, le journal aborde des thématiques chaque fois plus sensibles : Mémoires MatériellesLa MagieLa HonteLe pouvoir dans la mode. Cette approche transdisciplinaire est passée du papier à l’espace, de l’écrit à l’oral à l’occasion du Vestoj Storytelling Salon. L’événement d’une journée seulement a permis d’accueillir au 9 rue du Plâtre les intimes du monde de la mode et de porter la notion d’héritage, tant par la déambulation que par la transmission orale, dans la délicate fragilité de l’instant. 


“THE VESTOJ STORYTELLING ”

Le pouvoir de réminiscence du vêtement, qui peut être à la fois la madeleine d’un individu propre et d’une époque toute entière, est mis à l’épreuve du salon Vestoj, tenu par Anja Aronowsky Cronberg. À Paris, le 5 avril 2014, sept professionnels de la mode ont adressé au public des histoires personnelles liées au souvenir d’un habit. Leurs gages autobiographiques ont essaimé dans le bâtiment de Lafayette Anticipation – Fondation d'entreprise Galeries Lafayette, en proie aux déambulations. Ces récits, qui bout à bout n’en n’ont peut-être formé qu’un seul, ont été écrits sur la foi de souvenirs particuliers. Évoquant tour à tour la nostalgie ou l’héritage, ils ont donné à la mémoire de chaque narrateur une forme et une matière. Véritables memento mori textiles, les objets évoqués sont venus confirmer l’intuition de Victor Hugo selon laquelle l’histoire n’est jamais qu’un écho du passé résonnant au futur.

Les récits de Vestoj, offerts et répétés à l’attention de petits auditoires — eux-mêmes lancés les uns derrière les autres dans un arpentage narratif — ont ainsi estompé les frontières entre conteurs et spectateurs. Chaque histoire, faite pour un public restreint, également façonnée dans une certaine promiscuité, s’est couverte d’empathie. Qu’en a-t-il coûté à Jean-Charles de CastelbajacIrene Silvagni ou Frances Corner, personnalités publiques et révérées de leur profession, de conter leur foi, leurs douleurs et souvenirs intimes devant de parfaits inconnus ? Une chasuble dessinée pour le Pape, une robe de mariée en dentelle achetée d’occasion, le manteau d’un père parti pour ne jamais revenir : autant d’histoires cousues de bienveillance. De quelle étoffe encore devait être fait le mannequin suédois Ingmari Lamy, venue offrir aux visiteurs les regrets de son histoire d’amour manquée avec le photographe Bob Richardson ? Ces paroles n’ont pas seulement été portées, elles ont été transmises. Leur rythme, leur intonation, leur jeu a varié au fil de la journée, selon les réactions de l’auditoire qui s’en est fait par le silence complice et co-auteur.

Le Salon, qui a débuté le 29 mars 2015 une tournée internationale au MoMA PS1 de New York, extirpe le vêtement de la logique des saisons et collections. Grâce à Vestoj, la mode se dit au lieu d’être montrée, s'écoute au lieu d’être portée. Bien plus encore, l’expérience du Vestoj Storytelling Salon révèle combien l'habit participe à l’élaboration des identités. Trop petits ou trop grands ou simplement passés, ceux que l’on ne porte plus mais que l’on conserve nous aident à faire peau neuve des apparences usées.


Un projet proposé par Anja Aronowsky Cronberg & Vestoj, produit par Lafayette Anticipation  Fondation d'entreprise Galeries Lafayette.

Lafayette Anticipation  Fondation d'entreprise Galeries Lafayette, Paris
5 avril 2014
 
avec Jean-Charles de CastelbajacFrances CornerSimon CostinMichele LamyIngmari Lamy et Irene Silvagni.

Illustrations : Bénédicte Muller ; Décors : David Myron ; Performance : Reuben Feels... ; Film : Xiaoxing Cheng

MoMA PS1, New York
29 mars 2015
avec
Joan Juliet Buck, Pat Cleveland, Dapper Dan, Mary McFadden, Glenn O'Brien and Andre Walker.

Décors : David Myron